La page d'avant-propos de
Danseur de Colum Mc Cann est la suivante :
"Ce que nous (moi, du moins) qualifions sans hésiter de souvenir, à savoir un instant, une scène ou un fait , liés à un support qui les sauve de l'oubli, est en réalité une forme de récit qui, en pensée, se poursuit sans arrêt, et qui change souvent avec la narration. La vie comporte trop d'émotions et d'intérêts contraires pour être acceptée comme un tout, et sans doute le travail du narrateur consiste-t-il à arranger les choses pour arriver à ce but.
Quoi qu'il en soit, chaque fois que nous parlons du passé, nous mentons comme nous respirons."
William Maxwell (
Au revoir, à demain)
Explicite non? Mc Cann nous propose
un livre de souvenirs , arrangé par ses soins , et écrit à plusieurs mains.La page suivante est semblable à une coupure de presse que l'auteur aurait découpée en 1961 et qui rappelle les fameuses "
unes" de Dos Passos dans son
USA. Ensuite Mc Cann ne s'accorde que les trois ou quatre pages suivantes pour abandonner enfin le récit à plusieurs personnages. Ce savant découpage apporte rythme, cadence et tempo. Les
narrateurs-danseurs ont chacun leur manière d'écrire, leur façon particulière d'appréhender les évènements. Ainsi Rudik (le personnage principal largement inspiré de Rudolf Noureïev) livre ses sentiments dans une
forme-journal. Si ce récit composé (on pourrait même dire re-composé) garde un rythme soutenu, c'est encore une fois la formidable humanité des personnages qui frappe. Une belle gifle en pleine face. Pour lire Mc Cann, il faut être un peu masochiste !
C'est sublime, et pour tout dire indispensable.
Colum Mc Cann Danseur ( Belfond)
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